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 Sous le soleil de Satan || PV G. Wimson

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Aeternam Irae ϟ Fear them

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MessageSujet: Sous le soleil de Satan || PV G. Wimson   Lun 29 Fév - 10:37

Sous le soleil de Satan



Spoiler:
 

Toute une série de proverbes parcourait le monde, lorsqu'il s'agissait de parler du Diable. On parlait de "vieux diable", on le disait "dans les détails", on pouvait être poursuivi par le diable. Il était également question de "diableries". Somme toute, la diable se trouvait dans toutes les langues, à l'intérieur de toutes les conversations. On avait fini par le banaliser, comme pour mieux se l'approprier. Il ne fallait plus le craindre. Des images de lui circulaient, même, et souvent elles étaient cocasses voire tendancieuses. Le Diable, ou plutôt devrions-nous ici l'appeler le diable, avait perdu de sa superbe. Une descente rapide, et faite en bonne et due forme, chez ce peuple qui, au final, ne contrôlait rien du tout.
En vérité, pour quelques uns bien avertis, le Diable pouvait prendre n'importe quelle forme. Un pauvre petit paysan, qu'un curé de campagne croise sur son chemin en pleine nuit. Une prostituée, un vieillard, un jeune-homme séduisant, une femme d'un certain âge, ou encore un petit garçon à première vue naïf et inoffensif. Autrement dit, on le trouvait partout là où on ne s'attendait pas. Et sûrement même dans des figures qui, de coutume, nous attiraient plus qu'elles ne nous dégoûtaient. Et, progressivement, le démon prenait possession, en réussissant à toucher de ses doigts éphémères les pires secrets de l'être. En quelques minutes à peine, on devenait l'objet du Diable, sa marionnette. Commençait alors la lente et douloureuse marche funèbre. Le Requiem qu'on ne s'attendait pas à entendre. Celui de sa propre fin.
Il n'y avait pas d'ombre sans lumière. En chacun des êtres de ce monde se trouvait un monstre sommeillant tranquillement. Ceux qui avaient fait le choix de la justice, ceux qui, soudainement, se prétendaient purs comme l'aurore qui vient après une nuit apaisée, ceux-là même mentaient. Ils se mentaient à eux-mêmes, n'avouant pas à leur propre personne ce qu'ils étaient. Des monstres, eux aussi. Mais tellement craintifs face à la douloureuse lumière de la vérité qu'ils se tapissaient dans l'ombre, attendant que la Fortune les oublie, que le destin passe son chemin. Mais c'est bien là le problème. Le destin ne passe jamais son chemin.
Le monde ne faisait que vivre de ce délicat équilibre. Bien et mal, obscurité et lumière. Rien de plus. L'un ne pouvait se passer de l'autre, et vice-versa. Une délicate équation de survie qu'il fallait avoir compris pour pouvoir espérer faire encore quelques pas sur cette terre. Terre de sang, de haine et ruine. La douleur, encore et toujours la douleur, qui ne cessait de prendre le pas sur le reste.
Pouvait-on encore espérer l'équilibre?

Au plus profond des ombres, en acceptant de se rendre sous terre, se trouvait l'antre de la Sorcellerie le plus maléfique, mais également le plus essentiel et nécessaire à son bon fonctionnement. Le lieu même du pouvoir, là où les hommes pouvaient devenir ombre lorsqu'il s'agissait de monter petit à petit sur l'échelle de la puissance, afin d'échapper au plus vite au gouffre du chaos.
Le Ministère de la Magie, c'est comme ça qu'on l'appelait, rayonnait de toute sa superbe souterraine. Le monde affluait, comme une fourmilière qui ne cesse jamais de travailler. Employés, Directeurs de Département, agents, fonctionnaires, visiteurs, professeurs, gobelins, une foule immense qui n'avait guère craint les récents attentats pour venir ici, dès le matin. Pauvre humanité.
Le Ministère se trouvait construit de la meilleure manière qui soit pour représenter cette ascension sociale. A peu de choses près. Plus l'ascenseur montait, plus on commençait à toucher le pouvoir en personne. Certains se contentaient de là où ils étaient, d'autres n'avaient que comme espoir de toujours monter. Puis il y avait ceux qui craignaient de descendre encore plus. Le Département des Mystères, lieu qu'on en maîtrisait pas. Puis les salles d'audience. Ici se tenaient les procès de l'Humanité. Ici, on ne pouvait plus mentir. Le jugement dernier, à échelle humaine.
Et, au plus haut des étages, un petit homme observait cette compacte et dynamique foule du haut de son bureau. On pouvait le trouver là, les mains jointes derrière le dos, jouant mécaniquement avec l'un de ses doigts, là où précisément il y avait cette bague d'opale. Le bureau se trouvait plongé dans le silence. Ou plutôt, dans le silence que semblait avoir imposé son propriétaire. Du gramophone, sur la petite table, sortait une petite mélodie. De l'opéra, à n'en pas douter. Du reste, l'homme semblait perdu dans ses pensées.

Vêtu d'une veste de costume de velours noir, d'un gilet pourpre aux motifs brodés au fil d'argent, et d'un petit foulard de soie marron, Ferdinand Wieder balayait de ses yeux gris l'Atrium du Ministère de la Magie. Vaste comédie humaine où les egos se disputent le droit de marche et le droit de vie, où les moeurs les plus détestables sont enfouies au plus profond de chacun, là où les velléités humaines ne donnent que le spectacle d'une humanité proche de l'animal. Soumise et docile, trop occupée par ses besoins personnels pour penser au monde, penser à l'évolution de ce temps. Éminemment trop imbécile.
On toqua à la porte. Wieder se retourna.
Il avait tout du visage d'un poupon qui a traversé les âges. Sa peau, lisse, ne donnait à voir que quelques rides sous les yeux et sur le front. Et, sans nul doute, ce qui étonnait le plus, c'était cette barbe et ces cheveux impeccablement entretenus, aux couleurs partant du roux jusqu'au blanc, avec quelques nuances de blond. On comprenait donc qu'un temps, il avait été roux, mais que les cheveux blancs avaient fini par reprendre le dessus. De même, sa coupe de cheveux laissait entendre qu'il était personne à prendre soin de lui, et attacher une importance primordiale à l'allure qu'il avait. Car, au premier coup d'oeil, il était désormais certain que l'on se trouvait devant un haut personnage de l'Etat, aisé voire riche de surcroît.
On venait de toquer, donc. Et un homme entra dans le bureau.
Ce même bureau qu'avait possédait Dolores Ombrage, fut un temps. Le bureau réservé au Secrétaire d'Etat, poste récemment rebaptisé Ministre de la Magie Adjoint. Un bureau qui avait été remodelé selon les désirs de son nouveau propriétaire. De la pièce circulaire, on était passé à quatre murs bien droits, dont celui du fond accueillait une large fenêtre donnant sur l'Atrium. Les murs semblaient avoir disparus derrière les bibliothèques et les panneaux de bois marron, semblables au parquet du bureau. Une somme conséquente de livres, mais également de dossiers et d'objets en tout genre se trouvait entreposée là. Au centre de la pièce, un imposant bureau accueillait quelques dossiers, des feuilles de parchemin et quelques livres. Le tout était rangé, organisé, comme un espace mental que l'on cherche à contrôler par tous les moyens. Enfin, à droite, près de la cheminée de marbre, deux fauteuils et une petite table permettait une installation plus confortable et intime en cas d'invités. Un feu de bois avait été allumé.

Ferdinand Wieder observa son secrétaire, qui venait de rentrer. Et le secrétaire le regarda quelques instants.
Les deux travaillaient ensemble depuis 2000, lorsque Wieder avait été nommé à la tête du Magenmagot. Autrement dit, le secrétaire, ou appelons-le Felix, connaissait très bien les méthodes de travail du nouveau Ministre de la Magie Adjoint. Homme taciturne, n'ayant presque plus de cheveux, le regard souvent dans le vide, Felix était un drôle d'élément dans le réseau du politicien allemand. Car, c'était certain, Felix était l'une des nombreuses cartes en possession de Ferdinand, l'un de ses hommes de main, en somme. Un large réseau qui commençait dès le secrétariat de son bureau, et qui, ensuite, allait au-delà des frontières.
Le secrétaire avait ouvert seulement une des deux portes de bois pour entrer dans le bureau. Et il n'avait pas descendu les quelques marches qui séparaient la porte du bureau, comme s'il n'était pas encore prêt à traverser l'un des nombreux cercles des Enfers.

« Monsieur le Ministre Adjoint, Monsieur Wimson vient d'arriver.
Oh... Parfait, parfait. Faites-le entrer.
— Très bien, Monsieur.
Le secrétaire fit demi-tour.
Et tenez-vous droit, Felix ! Vous ressemblez à un singe ! Et le secrétaire se redressa, continuant son chemin. »

L'espace de quelques secondes, Wieder changea considérablement de mine. S'il avait semblé assez avenant, il était désormais d'un froideur considérable. Ses yeux semblaient désirer briser n'importe quelle chose ayant le malheur de se trouver devant eux. Une forme de désincarnation soudaine. Un regard glacial, qui ne laissait rien voir de bon en l'âme de celui qui les possédait.
Ferdinand se recoiffa à une vitesse folle, ajustant ses favoris tandis qu'il contournait son bureau pour aller vers l'entrée de la pièce. Il replaça ensuite sa veste, avant d'arborer un sourire plus que mielleux.
Wimson entra.
Les festivités pouvaient commencer.

Le petit homme s'avança d'un pas avenant et rapide, tel un petit automate habitué de toujours effectuer ses gestes. Un tendit sa main, tandis que ses yeux avaient soudainement pris en rondeur, comme s'il était surpris et excité de se trouver devant une personne de l'envergure de Geser Wimson.

« Monsieur Wimson ! Quel plaisir de vous revoir à nouveau. Vous souvenez-vous? Nous nous étions vus lors de ce terrible meurtre dans le sud de Londres. Le conseiller du Directeur du Département de la Coopération Magique Internationale. Quelle terrible histoire ce fut là, n'est-il pas? Entrez, entrez ! La voix de Ferdinand avait un petit quelque chose de mielleux et de mélodieux, comme si chaque syllabe avait son importance. Comme si les mots vivaient, qu'ils étaient de la matière que manipulait le politicien avec souplesse et délicatesse. Un petit air maniéré, en somme, assorti d'une grande maîtrise de la langue. Venez vous asseoir, ne soyez pas timide ! Un petit rire fluet sortit de la bouche du Ministre de la Magie Adjoint, tandis qu'il présentait de son bras un des fauteuils réservé aux invités installé devant son bureau. J'ai le plaisir de constater que vous ne vous êtes pas perdu, mon cher. Ce niveau du Ministère est sûrement le pire des labyrinthes que nous ayons à affronter. Lâchez la main de celui qui vous guide, et vous voilà disparu dans la multitude des âmes humaines ! »

Wieder s'avança vers son bureau, qu'il contourna à nouveau afin de s'installer sur son fauteuil. Derrière lui, l'Atrium continuait à fourmilier. L'activité ne cessait guère, alors que les vers d'opéra se faisaient toujours entendre dans le bureau. Une sorte de calme chaleureux, étrange paradoxe lorsqu'on observait l'activité, huit niveaux plus bas.

Ferdinand plongea son regard dans celui de Wimson, l'instant de quelques secondes.
Si le visage du Ministre de la Magie Adjoint avait tout de chaleureux et avenant, son regard restait mystérieux. Les yeux gris qui étaient les siens dégageaient une sorte de vide, ou plutôt, semblaient couverts d'une armure qu'il était difficile de percer.
Et pendant ce temps, Ferdinand analysait celui sur lequel il avait déjà fait bien des recherches. Trois de ses informateurs, ses "petits oiseaux" comme il aimait à les appeler, avaient déjà mené leur enquête. Un était agent d'entretien au Département de la Justice Magique, une secrétaire, et un autre avocat. Trois travaillant au même lieu, qui avaient fait le compte rendu sur le nouveau numéro trois du gouvernement. Celui se trouvant, dans l'ordre protocolaire, juste après Wieder. Un homme qui, selon eux, n'avait jamais cessé de montrer un intérêt particulier pour l'équité et la justice. Un homme droit dans ses bottes. Hypocrisie, mensonge et posture.
Sourire de convenance, cependant.
Il ne cessait de l'observer, telle une araignée attendant le moment opportun pour sauter sur sa proie.

« Eh bien, mon cher, vous faites vous aux premiers jours de membre de ce nouveau et pimpant gouvernement? »

La partie pouvait enfin commencer.

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« Wider, en ancien allemand Widar ou Widari, signifie "contre", "face à", parfois "envers". Et il lançait des exemples en l'air: Widerchrist, "antéchrist"; Widerhaken, "crochet, croc"; Widerraten, "dissuasion"; Widerklage, "contre-accusation", Widernatürlichkeit, "monstruosité" et "aberration". Tous ces mots lui paraissaient hautement révélateurs. » R. Bolaño, Etoile distante
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Wizard ϟ Call it magic

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de Satan || PV G. Wimson   Mer 2 Mar - 18:04

Sous le soleil de Satan




L'activité au Ministère de la Magie ne cessait jamais vraiment. Quelle que soit l'heure ou le jour de l'année, les couloirs du Saint-Siège de la Magie en Angleterre étaient toujours bondés, remplis de gens qui s'affairaient en permanence. Telles des abeilles ouvrières, travaillant sans relâche pour le bien de la communauté. Pour le bien de leur Reine.

Que ce soient des employés occupés, des sorciers venus en visite pour régler des affaires prioritaires, des invités importants venus assister à des réunions tout aussi importantes... Les couloirs de cette immense ruche ne désemplissaient jamais. Et récemment, l'activité avait même encore augmenté. Depuis les tragiques événements survenus lors de la fête nationale, le Ministère de la Magie semblait comme en ébullition, sous pression, prêt à exploser à tout instant en cas de trop forte pression extérieure.  Entre le nouveau gouvernement en train de se former et les nouvelles mesures de sécurités appliquées, jamais cette noble et ancienne bâtisse n'avait connu autant de mouvement et d'agitation, sauf peut-être dans ses heures les plus sombres, lors de la prise de contrôle d'un mage noir immensément redouté, et tout aussi redoutable.

Fait inhabituel cependant, le Département de la Justice Magique avait été comme contaminé par cette agitation depuis quelques jours. Habituellement un des secteurs les plus calmes (en apparence, tout du moins) et les moins peuplés, du fait que la grande majorité de ses employés étaient des hommes de terrain normalement peu présents dans les bureaux, le premier niveau du Ministère de la Magie était devenu aussi animé qu’un bazar lors d’un jour de marché. Bureaucrates, aurors, membres du Magenmagot paraissaient comme les victimes d'un sortilège qui aurait accéléré leur métabolisme et doublé leur taux d’adrénaline Les raisons à cela étaient multiples. D’abord, les récents attentats évidemment. Une grande majorité d'hommes et de femmes jusque-là en mission sur le terrain avaient rappelés au Ministère. Menant l'enquête pour certains, chargés de renforcer la sécurité pour d'autres. Mais ce n'était pas tout. Une grosse majorité de cette agitation avait été causée par deux informations inattendues survenues coup sur coup.

La démission d'Anthony Jones, jusqu'alors directeur du Département.

Et la nomination de Geser Wimson pour le remplacer.

Sir Anthony Jones, du haut de ses 77 ans, avait mené une carrière tout à fait admirable et sans bavures au Ministère de la Magie. Il avait fait partie, dans sa jeunesse, du secteur administratif du département de la justice magique. Il avait ensuite rapidement gravi les échelons du pouvoir, grâce à son efficacité sans faille et ses importantes relations dans les hautes strates du gouvernement. D'abord greffier, il était par la suite devenu membre du Magenmagot, puis chef du bureau des Aurors, avant d'être promu Directeur du Département. Avec sa personnalité débonnaire et très sympatique, il était apprécié de tous au Ministère, aurors comme employés de Bureau. Pour lui, le département de la Justice Magique était comme sa seconde famille. Il agissait comme un père avec ses enfants lorsque des aurors avaient un problème ou étaient en danger, et bien que n'ayant jamais mis les pieds dans une mission de terrain, ces derniers manifestaient envers lui le plus grand des respects.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin, non ?

Lors des attentats du Ministère, la mauvaise gestion de crise de Sir Jones fut montrée du doigt. Il avait clairement sous-estimé les menaces potentielles qui pesaient sur cet événement, et n'avait pas su réagir en conséquence lors de l'attaque, et durant l'enquête qui suivit. Niveau mental, il fut effondré. Jamais il n'aurait pensé qu'une telle chose pouvait se produire, et lorsqu'il avait appris la terrible nouvelle, il en resta comme paralysé, ne sachant plus quoi faire, comment agir, ni vers qui se tourner. Sa démission, remise quelques jours plus tard au nouveau gouvernement, était le reflet de la culpabilité qu'il ressentait dans cette affaire.

Suite à ce départ, le nouveau ministère devait donc nommer un nouveau chef de département, clé de voute de la justice et de la sécurité. En cette période de crise, il était impossible d'attendre, de laisser le poste vacant le temps de faire des appels à candidature auprès des éventuelles personnes intéressées. Il fallait trouver quelqu'un très vite, mais surtout, quelqu'un dont la personnalité était adaptée à la situation. Quelqu'un qui ne commettrait pas les mêmes erreurs de son prédécesseur en cas d'attaque…

C'est pourquoi le ministère décida, à la surprise générale, de se tourner vers l'antithèse parfaite de Sir Anthony Jones pour lui succéder. Il décida de se tourner vers Geser Wimson.

Redouté de ses ennemis comme de ses collègues, Geser Walter Wimson, tout comme son prédécesseur, s'était fait rapidement un nom au Ministère de la Magie, mais pas de la même manière (loin de là). Auror d'une efficacité effrayante, ne reculant devant rien pour réussir une mission, ses  capacités stratégiques quasi-infaillibles et sa maitrise des situations de crises n'avaient d'égal que son caractère d'une froideur polaire et son comportement impulsif et explosif. Là ou Jones était apprécié pour sa proximité avec ses employés et sa bienveillance paternelle, Wimson était redouté pour son caractère, et son pragmatisme presque inhumain.

Lors de l’annonce de sa nomination, la veille, le département était entré dans un état de panique sous-jacent. Des rumeurs avaient circulés concernant le remplacant d’Anthony Jones. Pas une fois le nom de Geser n’avait été envisagé. Le Ministère voulait sans nul doute créer la rupture avec le précédent gouvernement en choisissant Wimson, mais les aurors, les membres du Magenmagot, ou encore les membres des brigades magiques étaient loin d’approuver cette décision. Vu la façon tyrannique dont Geser avait dirigé son unité pendant plusieurs années, certains avaient même peur de la tournure que pourraient prendre les événements. Voire même peur pour leur place.

C’était donc là la cause principale de tout ce remue-ménage. Les employés, les aurors et les jugent s’étaient regroupés dans différentes zones du ministère pour évoquer leurs craintes sur la situation. La peur que le nouveau directeur transforme le niveau 2 du ministère en second cercle des enfers étaient grande, et les gens parlaient -pas trop fort, dès fois qu’on les entende- du comportement à adopter, d’un éventuel mouvement de protestation pour inciter le Ministère à nommer quelqu’un d’autre. Certains, plus posés, essayaient de calmer la situation, expliquant qu’il fallait d’abord voir ce qui allait réellement changer, que de toutes façons, leur nouveau chef ne pouvait pas être aussi terrible que ce que la rumeur disait, car -justement !-, ce n’étaient que des rumeurs. Et que de toute façon, le Ministre de la Magie ne laisserait pas faire n’importe quoi, qu’il n’y avait rien à craindre si tout le monde faisait efficacement son travail.

Pendant ce temps, dans son nouveau bureau, dernière oasis de calme qui subsistait au département de la Justice Magique, Geser Wimson buvait tranquillement son thé, adossé contre une étagère pleine de documents, tout en lisant un dossier qu’on lui avait remis plutôt dans la journée. Bien sûr, il était au courant de ce qu’il se disait autour de lui, et des discussions qui avaient lieu en ce moment même le concernant. Mais comme depuis toujours, il s’en fichait. Peu importe ce que les gens pensaient de lui, il était déterminé à accomplir sa mission coute que coute. Ceux qui n’étaient pas contents n’avaient qu’à partir, et s’ils décidaient de malgré tout rester et de perturber les choses, Geser les chasserait lui-même à coup de pied dans le derrière. Comme il l’avait fait pour l…


- Monsieur Wimson, je vous rappelle que vous avez rendez-vous avec le ministre adjoint Ferdinand Wieder dans un quart d'heure, et...

Geser leva les lieux d’un air interrogateur. Une interruption innatendue l’avait tiré de ses pensées. Il détestait être tiré de ses pensées. L’élement fautif n’était autre que Frank Petterson, son secrétaire, déjà en poste du temps de son prédécesseur. Geser reposa son dossier sur l’étagère avec le plus grand des calmes, et répondit à son secrétaire sur un des tons les plus secs que le pauvre homme au crâne dégarni n’avait jamais entendus.

- Petterson, je vous ferai savoir le jour où j'aurai besoin d'un agenda sur pattes. D'ici là, merci d'éviter ce genre d'intrusions. Je suis parfaitement au courant pour tout ce qui concerne mes rendez-vous, mais le temps que vous passez à vous surveiller mon agenda, vous le perdez à effectuer les véritables taches qui vous incombent. Et je ne supporte pas les personnes qui perdent du temps, et qui me font perdre le mien. Suis-je assez clair ?

Ne s’attendant pas à une telle réaction, Frank Petterson recula de quelques pas, sous l’effet de la surprise, et tenta de bredouiller une excuse pour arranger la situation.

- Oui, b-bien sûr. C'est à dire que... C'est... Nous travaillions ainsi avec Sir Jones, mais si cela ne vo...

- Que les choses soient bien claires. Je - Ne suis pas - Anthony Jones. Ses méthodes de travail, je n'en ai rien à faire. Pas plus que de vos habitudes. Alors, adaptez-vous, ou nous nous passerons de vos services.

Le visage rond de Petterson blémit, devenant presque aussi pâle que sa chemise immaculée. Mais Geser n’en avait pas fini avec lui, il s’avança vers son secrétaire, -celui-ci tentant alors de reculer, mais la porte refermée derrière lui l’en empêcha- et son ton devint plus menaçant, en même temps que sa voix gagnait en intensité.

- De plus, monsieur Petterson, j’ai une sainte horreur des gens qui essaient de se justifier. La faiblesse, voilà ce que ce comportement trahit en vous. Et les gens faibles n’ont pas leur place ici. Alors ? Avez-vous d’autres justifications à apporter maintenant, ou allez-vous arrêter de me faire perdre mon temps ?

Frank Petterson ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Même pas une demi-journée après l’arrivée de son nouveau boss, et sa place était déjà menacée ? C’était un cauchemar ! Il hôcha la tête de manière hésistante, et avant qu’il n’ait pu dire quoi ce soit de plus, Wimson ouvrit la porte de son  bureau d’un geste rapide, et lui montra sèchement la sortie.

- Ravi de voir que nous sommes sur la même longueur d'onde, monsieur Petterson. Maintenant, laissez-moi. J'ai à faire, et vous aussi. Et la prochaine fois, frappez avant d’entrer.

Le pauvre Petterson s’exécuta sans demander son reste, et Geser claqua la porte derrière lui. Il connaissait son agenda par cœur, comme toujours, et il n’avait pas besoin d’un sous fifre pour lui rappeler de faire ses lacets ! Si c’était là la principale mission de ce secrétaire envahissant du temps de son prédécesseur, il n’allait pas tarder à être « réaffecté »…

Geser sortit sa montre à gousset de sa veste noire. Petterson avait au moins le mérite d’être efficace dans ses estimations temporelles, il était temps de partir à son rendez-vous avec le Ministre Adjoint, Ferdinand Wieder. Les joies de son nouveau poste, pensa Geser, il n’avait jamais été doué pour les relations humaines évidemment. Mais il était conscient au moment d’accepter son poste que de telles réunions seraient nécessaires. Il ajusta son impeccable chemise blanche, redressa un peu sa cravate bigarée, vida d’un trait le reste du thé encore présent dans sa tasse, et fila d’un pas décidé vers les ascenceurs les plus proches, pour se rendre à l’étage au-dessus.

Durant son trajet jusqu’à l’élévateur, il croisa un bon nombre d’Aurors, ou d’employés du ministère, qui le saluèrent tous poliment avant de reprendre leurs messes basses. Qui le concernaient, à n’en point douter. Mais à nouveau, Geser s’en moquait, et il continua sa marche sans même répondre aux salutations. Au fond de lui il était satisfait. Toutes ces personnes le craignaient, et dans ce milieu, la crainte était le meilleur des moteurs. Arrivé à l’ascenseur, il se fraya un chemin dans la cabine bondée, poussant quelques sorciers assez violement -ils n’avaient qu’à pas prendre tant de place-, et en tassant quelques autres au fond de l’habitacle -ils n’avaient qu’à prendre l’escalier-.

Arrivé au niveau 1 du Ministère, Geser accéléra le pas dans le labyrinthe de couloirs. Trop de gens autour de lui. Il n’aimait pas ça. Toute cette agitation, ces centaines de sorciers qui s’agitaient dans tous les sens… Cela lui donnait le tournis. Il arriva rapidement devant le bureau du Ministre Adjoint -bureau de sinistre réputation- et s’anonça auprès d’un petit homme vouté, assez âgé, qui avait l’air d’être le secrétaire du coin.

- Excusez-moi. Pouvez-vous annoncer à Ferdinand Wieder que son rendez-vous est arrivé. Geser W. Wimson. Directeur du Département de la Justice.
- Bien sûr, monsieur Wimson ! Je vous demande un instant.

Le petit homme s’en alla toquer à la porte du bureau, entra, puis échangea quelque mots avec son occupant, avant de revenir vers Geser. Bizarrement, il semblait d’un coup moins vouté.

- Monsieur Wieder vous attendait !  Vous pouvez entrer monsieur Wimson.

Sans un mot, Geser entra dans le bureau du Ministre Adjoint, et rerferma immédiatement la porte derrière lui. Ferdinand Wieder s’avança alors vers lui, l’accueillant d’un air enjoué et avenant, ce qui ne manqua pas de surprendre Geser, qui n’avait pas l’habitude de ce genre de réception.

 - Monsieur Wieder. Je me souviens bien de vous, effectivement. Tout comme de cette affaire, ou nous nous étions rencontrés. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit des hommes politiques étalés sur une si grande superficie. Je regrette cependant que le meurtrier soit tombé du toit de cet immeuble lors de la course poursuite. Quel regrettable accident…

Effectivement, cette enquête avait été mémorable. De par le mode opératoire du tueur, qui avait réduit sa victime à l’état de compote avant de le répartir soigneusement sur le sol d’une rue dans le sud de Londres. Puis, de la par la course poursuite, qui s’était soldée par la mort du tueur. Officiellement, suite à un accident. Mais aussi par la présence de cet étrange petit homme qu’était Ferdinand Wieder. Le bonhomme n’avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois que Geser l’avait vu : vêtements, habits, et coupe de cheveux à la fois très soignés et très exubérants, et un caractère pour le moins particulier. Geser prit une chaise, après que son hôte l’y ait invité et s’y assit, fixant calmement et dans les yeux son nouveau supérieur hiérarchique.

- Non, je ne me suis pas perdu, dieu merci. Je connais bien le chemin pour venir ici. J’y a souvent été convoqué, mais pour des raisons moins sympathiques. Enfin, je suppose que vous êtes au courant, vous connaissez mon dossier…

Geser faisait évidemment allusions à ses nombreuses convocations suites aux multiples plaintes déposées contre lui. Et il avait arrêté de compter les nombreuses sanctions prises contre lui. Mais n’avait pas oublié qu’à chaque fois qu’on l’avait renvoyé, on était très vite revenu le chercher, la queue entre les jambes…

Si je me fais à mon nouveau poste ? Oui. Évidemment. Je suis en terrain connu. Et gérer tout un département ne diffère pas beaucoup sur le fond par rapport à la gestion d’une seule unité. C’est seulement la forme qu’il faut adapter. La grande question, c’est si les autres vont se faire à moi. Vous vous en doutez, je ne compte pas changer mes méthodes. Les adapter à un environnement plus large, bien sûr. Mais tout ce pourquoi je suis… disons, « connu » ne va pas disparaître du jour au lendemain. Et visiblement, certaines personnes voient cela d’un mauvais œil.

Tout en parlant, Geser observa son environnement. Ce bureau avait bien changé au fil des années, et était maintenant parfaitement adapté à son occupant. On aurait dit un bureau d’un chef d’entreprise du 18ème siècle, avec ses meubles massifs, ses bibliothèques, sa baie vitrée donnant sur l’atrium, permettant ainsi de surveiller les mouvements de ses employés.

Vous voyez, je sais que vous m’avez nommé en connaissance de cause, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qui vous a emmené, vous et monsieur Pearson, à me proposer ce poste. Sachant toutes les protestations que ça allait évidemment provoquer au sein du département. Non pas que je pense mon profil inadapté, au contraire, sinon je n’aurais pas accepté… Mais, pardonnez-moi l’expression, c’est couillu. Très couillu comme décision monsieur Wieder.

Geser esquissa un petit sourire, chose rare, et continua à observer son hôte, qui en faisait de même. Contrairement au regard de Geser, très froid, celui de Ferdinand ne laissait transparaître aucune émotion. Geser avait déjà vu ce genre de regards au cours de sa carrière, et ne pouvait s’empêcher de penser à tous les petits secrets (compromettants ou inavouables) qui se cachait derrière ces remparts gris et blancs.
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Aeternam Irae ϟ Fear them

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de Satan || PV G. Wimson   Sam 5 Mar - 13:05

Ferdinand Wieder était lié à la politique comme un enfant qu'on a un jour plongé dans une eau surnaturelle, et qui possède ainsi des capacités que d'autres n'ont pas. Mais qu'on ne s'y trompe pas ; rien ne tenait ici du génie. Wieder ne s'était pas réveillé un beau jour avec des dons pour la politique qui coulent dans le sang. Depuis enfant, il y était lié. Rien pour lui ne faisait sans la politique. Toutefois, ce n'était ni le fruit du hasard, ni celui du destin. Il avait travaillé durant de nombreuses années pour construire un réseau, et toute une infrastructure autour de son idéologie. Rien n'avait été laissé de côté. Et s'il était désormais numéro deux du Ministère de la Magie, il ne le devait pas à la chance ou à une bonne âme qui l'avait placé ici. S'il l'avait voulu, il aurait eu de quoi devenir un des dirigeants de l'Aeternam Irae. Il ne l'avait pas souhaité. Non par courage, mais par ambition et avec un petit brin de lâcheté. Cependant, cela faisait depuis 1959 qu'il y jouait le rôle d'agent opérant. Autrement dit, plus de quarante années à jouer un double rôle, en se contentant durant plus de trente ans d'être un simple juge de Tribunal.
C'est pour cette raison, d'ailleurs, qu'il était encore là. Les choses s'étaient faites petit à petit, sans que personne ne se doutât une seule seconde qu'il puisse être un espion dangereux. Il avait merveilleusement bien joué son rôle de Juge, que cela soit en Allemagne, ou en Angleterre. Le parfait petit bureaucrate. Ceux qui ne l'appréciaient pas n'avaient à lui reprocher qu'un excès de zèle et d'excentricité, une façon bien à lui de toujours chercher à prendre part à toutes les mondanités sociales qu'il puisse exister. Quant aux autres, ils étaient tous d'accords pour dire que le nouveau Ministre de la Magie adjoint était un homme chaleureux, avenant, travailleur. On allait parfois, hélas, jusqu'à dire qu'il était mielleux ou trop obséquieux, mais rien dans ce qu'on disait de lui ne laissait voir de quelconques soupçons quant à sa véritable nature.

Bien que Juge, il avait commencé une carrière politique. Il n'était pas n'importe quel Juge. Et sa fortune faisait qu'on le voyait dans de nombreux cercles puissants et mondains, lors de soirées, de dîners ou de rencontres officielles. Il côtoyait des chefs de gouvernement, se rendait dans les voyages officiels, donnait des conférences dans quelques universités. Bref, il demeurait un politicien dont il fallait savoir se méfier. Cependant, aucun de ses adversaires n'avait un jour pensait qu'il demeurait une menace pour la sécurité intérieure de leur pays.
Au Magenmagot, instance judiciaire, mais également législative, nombreux avaient ceux qui avaient cherché à s'opposer à lui. Certains en étaient même arrivés à le mettre en difficulté, sans pour autant lui perdre de l'influence ou du pouvoir. Partisan de la patience et du travail, Wieder s'était construit un réseau avec le temps, de manière à ce qu'on influence ne dépende aucunement des humeurs du moment. Une manière de s'assurer d'avoir, un jour ou l'autre, les moyens de mettre en place ses idées au centre du pouvoir, et d'y placer l'Aeternam Irae. Cela lui avait demandé des sacrifices, de même que la nécessité de savoir rester dans l'ombre.
Et, de fait, le petit homme s'était construit un masque à défauts. On pouvait lui faire de nombreux procès, dont en flagornerie ou en ambition. Une manière pour lui, cependant, de tenir entre ses mains ses détracteurs. S'ils avaient accès à des défauts, ce n'était aucunement les bons. Les vrais, la monstruosité même qui se cachaient derrière ces foulards de soie et ces favoris roux-blancs, demeuraient bel et bien cachés. On ne pouvait pas penser qu'une personne comme lui, tellement attiré par le profit, le luxe et l'ambition, puisse avoir entrepris un véritable travail de fond. Même qu'il ait passé quarante années de sa vie à un être un espion pour l'une des sectes les plus dangereuses au monde. Tel un comédien, il attirait son public là où il voulait l'emmener, lui faisant entendre en modulant sa voix et son corps ce qu'il avait envie que le passif spectateur entende du texte qu'il avait lui-même écrit.
L'illusion, en somme, demeurait sa principale arme. Et pendant que ses proies, insectes volatiles ne s'inquiétant guère de la transparence des fils, il tissait sa toile de soie, telle une araignée grasse mais agile, habile dans le déguisement et la manipulation.

A l'instant même où Geser Wimson était entré dans son bureau, Wieder avait compris qu'il n'aurait pas à se battre contre un politicien.
Pendant quelques secondes, il se sentit comme dérangé, attaqué dans sa sphère intime. Il ne s'était pas attendu à cela. Ou du moins, pas sous cette forme. Son bureau, qui demeurait son lieu de travail, l'endroit même où il aimait se retirer pour travailler, devenait un lieu visité par un inconnu qu'il ne maîtrisait. Le temps seulement de quelques secondes, évidemment. Il eut même envie de désactiver la gramophone, continuant à faire entendre ces voix élégiaques d'opéra, qui devenaient soudainement dérangeantes, agaçantes. Une partie de sa mise en scène lui échappait, notamment parce qu'un acteur étranger y était entré.
Wimson était un électron libre, au Ministère. Raison pour laquelle, d'ailleurs, sa nomination avait surpris. C'était un homme de terrain, pas d'idée. Il n'avait aucunement d'idéologie précise, qui lui donnait envie d'avoir un quelconque pouvoir. Son efficacité, il la tenait au court terme. Une bonne affaire, c'est une affaire réglée. Point. Le Département de la Justice Magique allait sans-doute connaître quelques mouvements inhabituels. C'était le but recherché.
Ferdinand avait un temps été approché pour prendre la direction du Département. Car deux courants s'y opposaient. La Justice, et la Sécurité. D'une part le Magenmagot, d'autre part le bureau des Aurors et la Brigade de Police Magique. La loi face aux armes. De fait, lorsque le poste de Directeur de la Justice Magique se libérait, les deux dirigeants de ces deux camps étaient les meilleurs favoris. Néanmoins, aux yeux de l'Aeternam Irae, placer Pearson au plus haut poste et Wieder à la Justice Magique était un pari trop risqué. On avait préféré les mettre ensemble. Le Ministre et son Conseiller. Numéro un et numéro deux du Ministère, certes, mais qui tous les deux ne semblaient pas être des politiciens hors-pair à toute première vue. Le poste de Directeur du Département des Mystères était sûrement le moins politisé de tous. Quant à Wieder, certains le savaient puissant, mais peu imaginaient à quel point. Autrement dit, ce couple au pouvoir, pour le moment, n'éveillait aucun soupçon.

Quant à la nomination de Wimson, elle tenait évidemment de sa non attache politique. Un atout dans les mains du couple Ministériel, dont ils se serviraient le temps venu.
Le nouveau Directeur de la Justice Magique n'était pas homme de politiques. Autrement dit, il n'avait aucun projet en tête, si ce n'est plus de moyens humains ou financiers pour lutter contre l'Aeternam Irae et conduire les meurtriers du Ministre et du journaliste devant la justice. Cela n'allait pas plus loin, et Ferdinand en avait tout à fait conscience. Cela ne voulait en aucun cas dire que Geser Wimson était un homme idiot, ou manipulable. Il avait une intelligence de terrain et d'action, une froide détermination à obéir, tant que les ordres lui donnaient l'impression que la justice était rétablie.
Tout le travail de Wieder se tiendrait ici. Apprendre à manipuler le Directeur de la Justice Magique de manière à ce qu'il fasse ce que lui même aurait fait à sa place, tout en gardant une couverture cohérente et rassurante. Ainsi dépolitisé, Wimson ne suscitait pas de doutes. Si ce n'était quelques critiques internes à la Justice Magique. Le peuple, lui, n'y verrait que du feu. Et dans des temps où la sécurité se fait de moins en moins présente, il y avait de fortes chances pour qu'il approuve les choix de son nouveau Directeur de la Justice Magique.

Le petit homme observait calmement Wimson.
En tant que Président du Magenmagot, Wieder s'était rendu sur la scène du crime. Il s'agissait d'un haut fonctionnaire du Ministère, ce qui demandait discrétion, mais qui ne pouvait se faire avec de simples agents. Quelques langues de plombs avaient été envoyés sur place, Wimson, et Wieder, qui bien que Président du Magenmagot, demeurait Juge de profession. On avait donc choisi de lui confier l'enquête. Le meurtrier avait finalement été très rapidement retrouvé.
Ou du moins, celui qu'on croyait être le meurtrier...

Ferdinand se leva, alors que Wimson venait de terminer sa prise de parole. Paroles d'ailleurs ponctuées par quelques mots familiers, voire vulgaire, chose que Wieder avait relevé par un petit sourire amusé.
Il contourna son bureau pour aller du côté d'une table, installée contre un mur. Sur un plateau d'argent, une bouteille de whisky et plusieurs verres de cristal avaient trouvé leur place. Le Ministre de la Magie Adjoint servit deux verres, qu'il prit en main avant d'en tendre un à son invité. Puis il se réinstalla derrière son bureau.
Il attendit quelques instants, le temps d'avaler une gorgée de la boisson qui venait d'être servie.

« Vous êtes un homme intelligent et efficace, Monsieur Wimson. Mais je n’ai pas participé à votre nomination. Ferdinand parlait avec calme, et douceur, comme s’il parlait à un ami proche, ou à un enfant qui a le besoin instinctif d’être rassuré. Exceptionnellement, l’adjoint du Ministre de la Magie a été nommé en dernier. Les discussions ont été longues, et il fallait savoir si je serais plus utile ici qu’au Magenmagot. Je n’ai donc pas participé à votre nomination, ni à celle de ce gouvernement. »

Un mensonge, évidemment, que Wimson n’était toutefois pas en mesure de savoir, puisque la composition de ce nouveau gouvernement avait été faite sous l’égide de l’Aeternam Irae. Cela dépassait donc les sphères même du Ministère de la Magie. Chose que ne pouvait qu’ignorer Geser Wimson.
De même, de cette manière, Wieder montrait qu’il n’était en rien lié à sa nomination. Autrement dit, qu’il n’y avait aucune confiance pré-établie pour Wimson. Une façon de lui faire comprendre qu’il attendait des preuves.

« Quoi qu’il en soit, Monsieur Pearson est un homme très occupé, surtout ces derniers temps. Il lui faut rencontrer ses homologues étrangers, et organiser les obsèques nationales. C’est donc pour cette raison qu’il m’a chargé de vous rencontrer. Et Wieder lui fit son sourire le plus affable et amical, tout en liant ses doigts sur le bureau. Vous êtes le troisième élément de ce gouvernement. Lui et moi ne saurions nous passer de vous. L’état du pays est catastrophique, et il ne faut aucunement réagir en urgence. Des mesures superfétatoires ne feraient que  monter la peur de l’opinion publique, et il y a de grandes choses que celle-ci soit déjà bien craintive, sinon plus. Nous aimerions, le Ministre de la Magie et moi, que vous nous fassiez part quotidiennement des évolutions de l’enquête quant aux récents événements survenus au Ministère de la Magie. Une protection d’Aurors sera mise à votre disposition, et il est évidemment peu souhaitable que vous vous montriez trop dans les médias, bien que cela n’ait pas l’air d’être de vos habitudes. Vous allez rapidement devenir une cible privilégiée pour les terroristes, si ce n’est déjà le cas. »

Ferdinand parlait de sujets graves avec une certaine forme d’onctuosité qui avait à la fois un petit quelque chose de rassurant, à la fois une part dérangeante et presque dangereuse. C’était comme si, malgré tous les événements qui pouvaient l’entourer, il était capable de garder un calme exemplaire.
Il avait cependant changé d’expression, en semblant être particulièrement affecté par le sujet. Ses yeux exprimaient une forme d’étonnement et d’inquiétude, de même que son visage qui avait pris quelques plis de crainte.

« De même, il me faut savoir quelle est votre analyse première de la situation, et quelles solutions vous semblent à porter de main pour apporter des solutions à cette crise. Nous ne pourrions nous passer de votre expertise, c’est incontestable. »

Ferdinand ne laissait jamais guère de chance à ses proies. Il les entourait petit à petit, doucement. Il pouvait se passer des semaines, des mois voire des années avant qu’il n’attaque, ou avant même qu’on se rende compte qu’on se trouvait être une proie.
Rien n’assurait que l’Aeternam Irae viendrait tout de suite au pouvoir. Les choses ne précipitaient aucunement. Ils avaient attendu des siècles pour faire entendre parler d’eux, ils étaient encore capables d’attendre longtemps pour faire un pas de plus. Cependant, ils travaillaient dans l’ombre, avec acharnement. Ils ne laissaient rien transparaître, amenaient leurs ennemis là où ils voulaient qu’ils aillent, quitte à ce qu’ils soient mis en danger à propos de tout, sauf sur leur potentielle allégeance à la secte puriste et raciste.
Tout n’était qu’une question de cheminement, et de guide.
Car il y a d’autres labyrinthes plus dangereux que celui des couloirs du Ministère de la Magie. Bien que leur disposition en soit une parfaite allégorie…

« Du reste, vous trouverez bien des personnes pour ne pas approuver vos méthodes, pour ne pas approuver votre nomination. Il existe bien des noyés qui, non contents de s’embourber dans leur propre honte et leur propres velléités, chercheront à vous entraîner avec eux. On n’est guère critiqué lorsqu’on ne fait rien pour réformer. Et je peux vous dire que je sais bien de quoi je parle. »

Ferdinand eut un petit rire amusé, tel un enfant qui rit d’une situation qui lui échappe, ou qui n’a pas d’importance pour lui.

« Le Département de la Justice Magique est l’instance gouvernementale la plus importante, en-dessous le Ministre de la Magie et son Adjoint. Il est certain que vous aurez à faire face à de nombreuses critiques, notamment et surtout parce que beaucoup rêvent d’être à votre place. Apprenez à vous entourer des bonnes personnes, et à faire respecter votre place. C’est l’unique moyen. »

Au Magenmagot, une fois Président, Ferdinand avait eu à cœur de rappeler qu’il était la tête de cette instance. Il n’hésitait pas à faire savoir ce qu’il pensait, de même qu’à signifier qu’il demeurait celui qui dirigeait le Tribunal. Une manière à lui de responsabiliser sa fonction. Mais également de ne pas se perdre dans les méandres d’une administration parfois dangereuse pour le pouvoir. De cette manière, il était assuré de savoir tout ce qui se faisait, tout ce qui se disait. Il suivait chaque enquête, chaque procédure judiciaire, gardait un œil observateur sur toutes les démarches administratives qui avaient lieu dans l’institution qu’il président. Une forme bien sévère mais aussi organiser de toujours tout contrôler.

« C’est d’ailleurs pour cette raison, mon cher, que j’exige de vous coopération, mais aussi clarté. Vous devrez me rendre régulièrement des comptes, puisque j’en prendrai ensuite la responsabilité devant le Ministre. Il est évident que le Département de la Justice Magique a été laissé entre les mains d’une personne respectable, mais dépassée par les événements. Il n’est en rien souhaitable, vous me comprendrez bien, que vous vous enfermiez dans votre fonction. »

De même qu’il se coupe d’une quelconque emprise.

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« Wider, en ancien allemand Widar ou Widari, signifie "contre", "face à", parfois "envers". Et il lançait des exemples en l'air: Widerchrist, "antéchrist"; Widerhaken, "crochet, croc"; Widerraten, "dissuasion"; Widerklage, "contre-accusation", Widernatürlichkeit, "monstruosité" et "aberration". Tous ces mots lui paraissaient hautement révélateurs. » R. Bolaño, Etoile distante
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Wizard ϟ Call it magic

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de Satan || PV G. Wimson   Mer 16 Mar - 2:35

Le moins qu'on puisse dire concernant son hôte, c'est qu'il avait bon goût en matière d'alcool. Geser n'aurait pas cru ça de Ferdinant Wieder. Il voyait plus le petit homme siroter une petite verveine. Mais, une fois assis et la réunion démarrée, le ministre adjoint servit un verre d'un excellent whisky Irlandais à son invité. Geser remercia son supérieur, et commença à humer les arômes émanant du verre. Lui qui était un amateur d'alcools forts, il trouvait que cette réunion commençait plutôt bien ! Geser se décrispa un peu sur sa chaise, commençant à boire une petite gorgée de Whisky. Machinalement avant d'avaler, il fit tourner un peu le breuvage dans sa bouche. Non pas pour profiter des arômes, mais pour vérifier qu'une potion étrangère n'avait pas été versée à l'intérieur. Déformation professionnelle, rappelant s'il en était besoin, que Geser n'avait confiance en personne. Pas même en ses supérieurs.

Très vite, on commença à parler travail et Ferdinand expliqua à Geser qu'il n'avait pas participé à sa nomination, n'ayant été nommé qu'après. Un fait étonnant, mais il est vrai que Ferdinand était une figure importante au Magenmagot, et Geser avait entendu des rumeurs comme quoi on débattait sur son départ. Néanmoins, le fait de nommer le numéro 2 du Ministère après les autres éléments demeurait peu commun.

Je vois. Surprenant.

Geser ne s'étendit pas sur la question. Il n'avait que faire de toutes ces décisions politiques, et même si il trouvait cela étonnant, cela ne l'émoustillait pas plus que ça. Cependant, cela sous-entendait que si son interlocuteur ne l'avait pas choisi, il pouvait potentiellement ne pas être d'accord avec sa nomination. Ou du moins, attendre de Geser certaines preuves que le Ministre Pearson ne demanderait pas. Mais l'auror ne s'en inquiétait pas plus que ça. On l'avait nommé pour un travail, comme d'habitude il allait s'attacher à l'effectuer aussi parfaitement que possible. Les sceptiques et les opposants n'auraient qu'à bien se tenir…

Très vite, Wieder s'excusa pour l'indisponibilité de son supérieur, le Ministre de la Magie. Il avait évidemment un emploi du temps chargé, ce que Geser entendait parfaitement. Il but à nouveau une gorgée de son verre, puis répondit sur un ton très posé, et même assez chaleureux.

Je comprends très bien que monsieur Pearson n'ait pas pu être présent. Avec la situation actuelle, c'est parfaitement normal. J'espère quand même pouvoir le rencontrer prochainement. J'aime rencontrer toutes les personnes avec lesquelles je travaille, cela permet de faciliter la communication. Même si je sais que vous lui ferez un rapport détaillé de cet entretien... Ce n'est pas la même chose. Quand on est face à face avec quelqu'un, on peut... hé bien, disons qu'on voit plus de choses que lorsqu'on lit un compte-rendu écrit.

Au fil du temps, Geser avait appris cela de son métier. Observer son interlocuteur, ses tics, les mouvements de ses lèvres lors de la parole, ses joues au repos, la direction de son regard, ou même sa position sur sa chaise. Tout cela donnait bien souvent des détails bien plus précis que ce que la personne concernée voulait bien confier. Et ce sur pas mal de points. État nerveux, pensées profondes... C'est pour cela que Geser assistait toujours aux interrogatoires menés par son unité, même lorsque ce n'était pas lui qui les conduisait. Et bien souvent, cette simple observation apportait plus de pistes ou de réponses que l'interrogatoire en lui-même.

Evidemment, en disant ces derniers mots, Geser observait avec attention Ferdinand Wieder. Une autre déformation professionnelle, aidée par le fait que l'auror aimait toujours savoir réellement à quel genre de personne il avait à faire. Dans le cas présent, Geser était étonné par le calme absolu montré par son interlocuteur. Quelques soient ses propos, quoi qu'il fasse, il était systématique calme et posé. Comme si il avait planifié soigneusement le moindre détail et la moindre de ses paroles lors de cette réunion. Il parlait avec un ton posé et assez suave, comme si il voulait rassurer Geser et lui montrer qu'il maîtrisait parfaitement la situation. Ou s'en persuader lui-même. Car personne ne maîtrise jamais totalement une situation. Il y a toujours cette petite part d'aléatoire qui fait que la chose peut toujours nous échapper, malgré toute l'attention et la délicatesse montrée lors de la préparation des événements.

Geser avait égalment remarqué quelque chose dans la façon de parler de Wieder : l’emploi récurrent de la flatterie. Certes, Geser aimait ça comme tout le monde, et il ne put s’empêcher de sourire lorsque Wieder le qualifia d’intelligent, ou lui dit qu’il ne saurait se passer de lui. Mais ce sourire était à la fois sincère et amusé : même si le petit homme était sincère, ce qui était tout à fait possible, il savait que l’utilisation de cette arme - car en politique, la flatterie est une arme - était faite dans un but bien précis. Voulait-il mettre Geser en confiance ? Ou essayait-il de le faire tomber dans sa poche ? Lorsqu’il le qualifia de troisième élément du gouvernement, Geser tiqua légèrement. Il n’était pas un homme politique, et ne souhaitait pas le devenir. Ferdinand cherchait peut-être à le faire entrer dans sa danse du pouvoir, mais cela Geser ne le souhait pas. Il reprit une gorgée de whisky, et répondit toujours sur un ton très posé.

Je vais être franc avec vous, je ne me considère pas comme le "troisième homme" d'un point de vue politique. En réalité, bien que j'assume pleinement mes nouvelles attributions, je ne me vois pas réellement comme un homme politique. Geser but une nouvelle gorgée de whisky et se redressa sur son siège. En y réfléchissant, je ne vois pas comment un homme politique peut assurer convenablement ces fonctions. Je suis un homme de terrain avant tout et je vais être honnête, je connais strictement rien au monde de la politique. Zéro, nada. Les querelles entre partis, les coups fourrés entre politiciens, ça me dépasse complètement. Si j'ai accepté ce poste, monsieur Wieder, c'est justement pour une chose en particulier : lui permettre d'être géré par autre chose qu'un politicien bien né qui n'a jamais levé le cul du siège de son bureau. Par quelqu'un qui connait vraiment les ficelles du milieu, et pas par un aristo à la ramasse qui croit qu'il connait tout de la Justice parce qu'il a potassé ses livres de droit.

Rendre la justice aussi apolitique que possible, voilà l’optique dans la quelle Geser Wimson avait accepté le poste. Avec lui à la tête du département, il espérait le tenir loin des magouilles et des jeux de pouvoir, pour pouvoir être pleinement fonctionnel et efficace dans sa fonction première : arrêter les responsables de tous ces événements tragiques, et les mettre à la place qu’ils méritent : derrière les barreaux. Geser ne voulait donc pas plonger la tête la première dans la marmite bouillante du monde politique. Il était un auror, un homme d’action avant tout. Et il comptait bien le rester Mais il savait qu’il lui faudrait jouer son jeu finement, et ne pas manœuvrer le navire en solo. C’était impossible. Le Ministère était un tout cohérent, et il lui faudrait traiter fatalement avec les milieux politiques. Mais de manière fine et avisée, afin de pouvoir mener sa barque aussi efficacement que possible. Sans rentrer totalement dans le monde de la bureaucratie qu’il appréhendait tant.

Bien sûr, je sais qu'on ne peut pas "totalement" écarter la politique de tout ce bazar. Ça reste le Ministère de la Magie, pas une milice privée. Nous devons travailler en équipe, et avoir un programme cohérent. Si vous avez besoin de mon soutien ou de mon avis et que je juge que j'ai une légitimité à vous l'offrir, aucun problème. J'attends cependant la même chose en retour, car je pense que certaines personnes risquent d'avoir du mal à accepter le changement dans mon secteur. Je vous ferai des rapports réguliers sur l'avancement de la situation. Quotidiens, si vous le souhaitez, mais attention à ne pas mobiliser trop de temps et de moyens pour ces rapports si ils n'ont rien de concret à apporter. Par contre, pour tout ce qui est de vos tambouilles politiques, je vous laisse faire. Ce n'est pas ma spécialité, je préfère ne pas m'en mêler.

Geser avala une nouvelle gorgée de whisky, et croisa ses jambes sur son siège, l’air parfaitement détendu.

Chacun sa spécialité après tout non ? Moi, la mienne, c'est de foutre les trouble-fêtes au trou. Et il paraît que je fais ça plutôt bien. 

Geser sourit légèrement, et finit son verre. Il était en train d’avaler sa dernière gorgée lorsque Ferdinand aborda le sujet d’une protection d’aurors pour veiller à sa protection. Il avala de travers sous l’effet de la surprise, et se mit à tousser pour faire repartir tout ce whisky dans la bonne direction.

Une protection d'aurors ? Vous… arkh… vous êtes sérieux ? Arkhm, herk…

Geser toussota plusieurs fois, la gorge en feu sous l’effet de l’alcool. Il agita sa baguette et remplit son verre d’eau, qu’il avala d’un trait afin de calmer sa toux. Ce fut efficace. Il se redressa à nouveau sur son siège, ajusta sa cravate et les manches de sa chemise, avant de reprendre.

Hum, je pense que cette "protection" est assez... disons "superflue" vu le contexte actuel. Ces hommes devraient être affectés à des taches plus importantes que de veiller à mon bien être. Je peux faire ça tout seul. Je le fais même depuis pas mal de temps. Quand je disais que j'étais doué pour envoyer les méchants au trou... Hé ben, on va dire que le mot "trou" n'est pas là que pour symboliser les cachots sombres et glaciaux d'Azkaban... Bref, je suis capable d'envoyer en enfer toute personne essayant de me faire sauter le caisson. Si par hasard je juge que la situation est critique au point de devoir faire appel à une garde rapprochée, je réfléchirai à nouveau à la question. Mais d'ici là, sauf si vous m'en donnez l'ordre direct, je préfère faire ça tout seul comme un grand.

Geser regarda Wieder droit dans les yeux pour observer sa réaction. Il était soudainement devenu plus tendu. Tendu à l’idée qu’on détache des hommes pour assurer sa protection, tant il avait peur que l’un d’entre eux faillisse à sa tache… de manière volontaire, en cas de trahison, ou involontairement en cas d’incompétence. Mais tendu également à l’idée que Wieder, peut-être, ait voulu le faire surveiller pour une raison inconnue. En bon paranoïaque, Geser ne pouvait tolérer cette idée.

Pour être honnête, quand il s'agit de ma sécurité, je ne fais confiance qu'à moi-même. Permettez que je me resserve un peu de votre excellent whisky, monsieur Wieder ?

Sans attendre une réponse de son hôte, Geser se leva et se dirigea vers la petite table sur laquelle était posée la bouteille de whisky. Il se resservit un petit peu d’alcool, juste assez pour compenser la quantité partie par le mauvais chemin un peu plus tôt, et ne put s’empêcher de regarder par la fenêtre du bureau. Il contempla l’atrium du Ministère, l’air pensif, comme hypnotisé par le mouvement incessant des allées et venues des visiteurs et des employés du Ministère de la Magie. Cependant, lorsque Ferdinand aborda le sujet des relations avec la presse, Geser sortit immédiatement de sa transe. Son air devint plus dur, et son ton plus sec.

Ha... Les médias. Ma dernière interview à la Gazette du Sorcier remonte à, hé bien, hum, laissez-moi réfléchir... Jamais ! Plutôt me faire agresser par un scrout grippé que d'avoir à faire avec ces parasites ! Toujours à déformer vos propos, à essayer de vous tirer les vers du nez, à extrapoler sur le moindre mouvement du petit orteil... J'ai envie d'en prendre un pour taper très fort sur tous les autres à chaque fois que les vois attroupés comme des moutons dans le hall du ministère ! Sans parler du cafard qui a publié ma biographie la semaine dernière ! Si je le croise, ce bouffon va passer un sale quart d'heure !


Geser avait donc fini par s’emporter. Un bref instant, certes, mais la montée d’adrénaline avait été assez soudaine pour surprendre légèrement son interlocuteur. Son ton sec s’était transformé en une voix puissante, laissant échapper une partie de sa colère sous-jacente. Cependant, ce n’était ni le moment ni le lieu pour une crise d’énervement. Il réservait ça pour plus tard, lors de son retour dans département. Il s’arrêta un instant, vida son verre d’une traite, et partit se rasseoir sur son fauteuil. Lorsqu’il reprit la parole, son ton s’était fait plus posé, mais on sentait toujours son agacement dans sa voix ainsi que sur son visage, légèrement rougi.

Hem. Ce que je veux dire... C'est que pour tout ce qui est communication avec les médias, je préfère laisser ça aux relations extérieures. Ça vaut mieux pour eux... heu, pour nous. J'ai un peu de mal dans ce domaine. Mais ça ne vous aura pas échappé.

En effet, Geser n’était pas doué pour tout ce qui concernait les relations humaines. Il n’était pas misanthrope pour autant, mais manquait simplement de tact et de self-control pour effectuer lui-même de telles activités. Que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle.

La conversation aborda ensuite le cœur du problème : la situation actuelle du monde magique Anglais. Usant à nouveau de la flatterie, ce que Geser ne manqua pas de remarquer, Ferdinand lui demanda quelle était son analyse première concernant la situation. Son expression était devenue plus grave, son regard plus inquiet. Il avait bien raison de l’être, car l’avenir était loin d’être radieux. Geser adopta lui aussi un ton plus grave et son visage devint plus pensif, comme si il réfléchissait à des actions en tache de fond…

La situation, elle est comme je le redoutais. Tendue comme un bracelet autour d'un poignet trop potelé, qui risque d’exploser à tout moment, répandant ses petites perles chaotiquement autour de son propriétaire. D'après les rapports, les gens craignent une nouvelle attaque, et ont perdu confiance en nous. Il faut les comprendre, attaquer le ministère c'est comme attaquer le cœur et le cerveau de notre société en un seul coup. Ça vous donne un sacré coup au moral. Ils comprennent mal comment... Comment une telle chose a pu arriver... Et je vous avoue que moi aussi...

Geser n’était pas présent lors des attentats. Il avait proposé de superviser avec son équipe la surveillance de la cérémonie, mais avait été amenée sur une affaire à l’époque plus urgente à l’étranger. S’il avait été présent, il aurait tout fait pour que la situation se passe autrement. Mais ça n’avait pas été le cas…

Pour l'instant en tout cas, je pense qu'une nouvelle attaque n'est pas à l'ordre du jour. Du moins, c'est ce que pensent mes analystes. Et j'ai tendance à les croire, la précédente attaque est trop récente, le but de ce... eh bien, de ces terroristes et d'inspirer la terreur. Et pour ça, il faut le temps que les conséquences de leurs actes se mettent en place, pour cultiver cette graine de peur. Qu’elle se transforme en terreur, puis donne naissance au chaos. Attaquer si vite après leurs derniers actes n'irait pas dans ce sens. Il leur faut instaurer un état de psychose ambiant. Ils vont certainement se manifester, se rappeler à nous. Nous montrer du doigt l'épée de Damoclès prête à tomber à tout moment ! 

En disant cela, Geser frappa la table violement de son poing, faisant trembler bon nombre d’objets ainsi que le verre en cristal de Wieder, qui ne s’attendait pas à une telle action. Il avait toujours eu un petit côté assez théâtral.

Mais ils ne vont pas passer à l'attaque dans l'immédiat. Sommes-nous à l'abri du danger pour autant ? Certainement pas. Il nous faut gonfler nos effectifs, et prendre des mesures importantes. Je pensais par commencer par affecter des hommes à la surveillance de tous les lieux importants ou de grands passages. Le Ministère bien sûr, mais aussi King's Cross, le chemin de Traverse, ou encore Ste Mangouste. De manière à avoir des moyens de nous défendre immédiatement si un nouvel attentat venait à avoir lieu. Il nous faut également faire de la prévention auprès de la population, leur apprendre que faire en cas d’attaque… Et surtout, ne PAS faire.

Des civils blessés dans une tentative ratée d’héroïsme était la dernière chose que souhait Geser. Il y avait eu suffisamment de morts comme ça…

Il va également nous falloir aller à l'encontre de certains principes des libertés individuelles si nous voulons que l'enquête avance. Pour l'instant, nous manquons de pistes pour ce qui est de l'identification des membres de l'Aeternam Irae. Je pense qu'il va falloir faire voter au Magenmagot un protocole d'état d'urgence, visant à donner plus de libertés concernant les perquisitions de la brigade magique, ou encore des interrogatoires. Cela nous permettra de mieux avancer. A situation extrême, mesures extrêmes.

Et ces mesures risquaient de ne pas plaire à tout le monde. Mais Geser était persuadé que c’était la meilleure chose à faire. Ses équipes se heurtaient à trop de murs législatifs pour que l’enquête avance correctement, ses ennemis étaient rusés et connaissaient le système. Des modifications judiciaires pourraient grandement aider à faire la lumière sur la situation, en permettant plus d’interrogatoires, et en assouplissant les prérequis pour des perquisitions. Mais il fallait faire attention à ne pas aller trop loin, Geser ne voulait pas une dictature militaire. Seulement la Justice pour les coupables.

Je sais bien que ces mesures ne seront pas du goût de tous. Mais, notez qu’elles ne seront bien sûr que temporaires. Une fois tout ça réglé et les terroristes mis hors d’état de nuire, nous reviendrons à l’ancien système, et supprimerons ces dérogations et ces patrouilles d’aurors. Ça ne va pas contribuer à pour moi à être bien vu, mais je m’en moque. Etre critiqué par des incapables ou des jaloux, ça me passe au-dessus. Tout ce qui compte pour moi c’est de faire mon travail correctement. A ce titre je vous tiendrai bien sûr informé de mes agissements, et je compte de toute façon travailler de manière totalement transparente avec vous et monsieur Pearson. Mais j’espère que cette transparence ira dans les deux sens, et surtout que les bureaucrates du niveau 1 ne feront pas trop d’ingérence dans les affaires de mon département. Comme je disais, chacun son métier, non ?

Geser n’aimait pas qu’on lui cache des choses, mais n’était-ce pas là une grande partie du métier de politicien ? Cela dit, vu qu’il était visiblement considéré comme le troisième homme de ce gouvernement, de telles cachotteries ne pourraient pas se produire. Pas entre collègues ? Si ?
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Aeternam Irae ϟ Fear them

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MessageSujet: Re: Sous le soleil de Satan || PV G. Wimson   Mer 16 Mar - 17:15

Ferdinand Wieder était une sorte d'illusionniste, un équilibriste qui mettait en scène un nombre impressionnant de tableaux en tout genre, tant que ces derniers pouvaient masquer ses véritables intentions.
Pour beaucoup, au Ministère, il était un bureaucrate issu du sérail, qui n'avait jamais connu de véritables difficultés dans sa vie. Et il fallait bien avouer qu'il avait fait en sorte que l'on croie cela de lui. Mais il suffisait de se pencher un peu plus au-dessus de cette même vie pour se rendre compte qu'elle n'était peut-être pas aussi limpide qu'elle en avait l'air. Aristocrate sang-pur? Certes. Mais qui ne venait pas d'Angleterre. Il avait fait ses armes en Allemagne. Son nom y était connu, il n'avait qu'à continuer l'oeuvre de ses ancêtres. C'était cette partie même de sa vie qui n'était plus claire pour tout le monde, car on ne savait que trop peu quelles avaient été ses actions à la Chancellerie Magique Allemande. Mais qu'importait. Il avait réussi à faire oublier cette partie de son existence, ou plutôt avait-il laissé de ci de là quelques éléments pour qu'on pense certaines choses, que l'on se plonge dans telle ou telle mystification afin d'être le plus vite possible éloigné de la vérité. Il s'était construit une image, en Angleterre, qui avait fait oublier qui il avait été avant. Son nom, il ne devait qu'à lui-même, tout comme sa montée en puissance au Magenmagot.
Aussi le petit homme ne broncha pas quand Wimson aborda la question des juges tout frais sortis de l'aristocratie politique d'Angleterre. Pour la simple raison que cette observation l'arrangeait. Elle était globale, universalisée, presque chiffrée, à l'image d'un agent de terrain qui a besoin de statistiques claires et facilement compréhensibles pour tous. C'était une fausse observation, surtout lorsqu'on s'intéressait réellement à ceux qui avaient le pouvoir, en Angleterre. Mais cette erreur de jugement arrangeait le Ministre de la Magie Adjoint. Elle était même d'un secours inattendu.

Du reste, c'était une preuve suffisante sur la réussite de sa mystification, et de la méconnaissance totale de Wimson à son propos.
Wieder avait tué. Non pour se défendre, non sur un ordre gouvernemental et légal, mais bien pour détruire. Il avait supprimé des vies entières. Il avait fait disparaître d'autres personnes, avait ordonné l'assassinat de quelques éléments gênants. Un certain nombre de voleur, violeur et assassins faisaient partie de son large réseau d'espionnage. Des mouchards recherchés pour leurs nombreux crimes, que l'Allemand aristocrate planqué derrière son bureau faisait en sorte de protéger. Une large toile criminelle, en somme.
Sans le savoir, Wimson se retrouvait face à l'un des plus grands meurtriers que lui même aurait à rechercher. Il ignorait cependant son identité, elle-même si bien cachée derrière des minauderies, un foulard de soie et des favoris blancs et roux. Un homme qui avait construit sa vie de toute part, un cas psychiatrique qui ne vivait que par le mensonge et l'illusion. Certes n'avait-il pas connu la boue des forces de l'ordre, ou le danger de l'arrestation d'un criminel. Il était lui-même le criminel, imaginant chaque jour des machineries pour que personne n'ait accès à son intimité. Mais ce qui restait le plus extraordinaire, et qui pourtant, demeurait sous silence, c'était toutes ces années à servir une secte terroriste et raciste, aujourd'hui portée sur le devant de la scène. Autant d'années à être un membre influent, autant de temps porté à la construction de relations internationales d'espionnage, autant d'hommes à sa solde et pourtant tellement d'années caché au service d'une prétendue Justice. Si Wimson avait de quoi surprendre en matière de force et de courage, Wieder était un exemple de ruse, d'intelligence et de travail.

A en écouter ses observations sur le monde de la politique, il fallut peut de temps pour Ferdinand pour comprendre que Wimson raisonnait par clichés. Une carte en plus dans la poche du Ministre Adjoint.
Il était certain que beaucoup de politiciens faisaient les choses pour leur propre pouvoir. Pour accéder aux fonctions suprêmes qui leur était offerte. Cela allait du petit employé cherchant à devenir chef de service au Directeur de Département désirant être Ministre. Et, en effet, les coups bas faisaient loi dans ces cas là.
Wieder n'avait aucune ambition politique de gouvernance. Sinon, jamais n'aurait-il quitté l'Allemagne, puisque de nombreux postes s'offraient à lui. Tout ce qu'il avait mis en place, c'était pour sa propre idéologie, qui dépassait quelques fractures entre partis politiques. Une société purifiée, un monde débarrassé du sang Moldu à tout jamais. Cet idéal, il faisait en sorte de le mettre en place de la meilleure manière qui soit. Fils de politiciens, Juge de profession, il avait été plus utile pour l'Aeternam Irae qu'il se retrouve au Ministère de la Magie. Mais il n'y était pas pour devenir Ministre de la Magie. Au-dessus de lui, il y avait ses idées, son idéal, son projet. S'il pouvait au mieux servir la philosophie Puriste là où il se trouvait, alors il mettait tout en oeuvre pour réussir. Que cela soit comme commerçant, roturier, médicomage ou Ministre de la Magie Adjoint. Qu'importait, au fond.

« Je me fiche bien de savoir comment vous accepterez de vous considérer, très cher. Wieder avait gardé tout son calme de circonstance, et continuait à parler comme si chaque mot était une petite sucrerie qu'il fallait manipuler avec soin au risque de voir ses mains recouvertes de miel. Pour le protocole ministériel, vous vous trouvez juste après moi. En l'absence du Ministre de la Magie, l'autorité de ces lieux et du pays me revient. En notre absence, celle-ci vous revient à vous. Ce n'est donc pas n'importe quelle charge, et il est bien préférable que celui qui la porte ait conscience de son poids. La politique n'a rien à y voir. Il s'agit du bon fonctionnement de nos institutions administratives. Nouveau sourire de circonstance, qui élargissait sa figure cirée et peignée de près. Quant aux "aristos" qui pensent tout connaître de la Justice, ils représentent une branche importante de ce Ministère et de ce pays, qu'il ne faut ni maltraiter, ni sous-estimer. Croyez-en l'expérience de celui qui a travaillé avec eux pendant presque trente ans !

Et Wieder but une gorgée de whisky. Délicatement, calmement, savourant chaque petite sensation pouvant se retrouver dans sa gorge.

Il était bien certain que le Ministre Adjoint avait un problème avec l'alcool. Avec toute sorte de dépendance. Cliniquement reconnu comme pervers narcissique, il ne prenait plus aucun traitement, ses médicaments allant de l'alcool jusqu'au meurtre selon le degré de ses crises.
Tout n'était donc qu'une affaire de contrôle. Il était un funambule qui tenait sa propre vie en main, à chaque seconde tenté de tout lâcher pour laisser exploser ce qu'il y avait en lui. Autant de tissus, autant de soins portés à sa barbe ou à sa coupe de cheveux, autant de maniérisme dans le langage n'étaient que la preuve d'une recherche perpétuelle de maintien. Tout ce qu'il était physiquement n'était qu'une cage, des chaînes qui empêchaient tout débordement qui pourraient le trahir et trahir sa cause idéologique.

« Et il va de soi que lorsqu'on cherche à jouer à un jeu, il nous faut en accepter ses règles. C'est peut-être même le meilleur moyen de les faire évoluer ensuite, voire d'imposer les siennes. Et personne ne vous a forcé à accepter ce poste, n'est-ce pas? Je ne suis pas le Ministre de la Magie, mais je sais qu'il attend des résultats de votre action. Vos méthodes vous appartiennent, très cher, de même qu'elles vous responsabilisent face à nous. En somme, contentez-vous de nous transmettre l'évolution de votre travail, chose que vous ferez régulièrement durant les réunions organisées par le Ministre. Du reste, gardez-vous bien de tomber dans des caricatures qui ne feront que vous perdre dans un monde qui sait si bien les manipuler. »

La voix de Ferdinand n'avait ni perdu de sa douceur, ni de sa musicalité. Il chantait les mots comme un oiseau qui va de branche en branche répéter un chant qu'il connait si bien.

Cela était clairement un avertissement. Non une menace, car Wieder ne pouvait se permettre de menacer qui que ce soit aussi rapidement après sa nomination.
L'avertissement était presque amical, le Ministre Adjoint n'ayant laissé transparaître aucune rancoeur ni aucune animosité. Un conseil qu'il était peut-être bon à prendre dans toutes ses valeurs. Car il devenait presque certain que ce que Wimson ne maîtrisait pas, il le catégorisait, le rangeait dans une case bien délimitée, bien propre, avec des règles bien définies. Rien ne semblait sortir de la doxa, rien ne semblait être exceptionnel, paradoxal au premier sens du terme. Mais le monde vivant n'était peut-être fait que d'imprévus et de voie déviées. En tous les cas, Ferdinand était ce qu'il y avait de plus exceptionnel, dans le sens même où il n'avait rien d'une personne normale et bien rangée. Du moins, son apparence laissait voir qu'il se contenait de mondanités et de pouvoir pour être à son aise. Ce n'était évidemment qu'un jeu de dupes, et il n'était sûrement pas le seul à en faire usage.

Il était parfois amusant de voir que Ferdinand donnait à ses propres proies les cartes pour le démasquer. Une manière peut-être de s'assurer que cette dernière dispose de toutes les aides possibles pour s'en sortir. Le moyen d'avoir face à lui une proie à son image, une chasse placée sous le signe de l'égalité. Son esclave devenait ainsi son propre égal. Il n'y avait plus que la compétence qui pouvait faire ses preuves.
Il l'invitait ainsi à se méfier de ces caricatures, car les choses, surtout en politique, pouvaient être bien plus complexes qu'on le pensait. Réduire ceux qui y jouaient, c'était minimiser le danger qu'ils pouvaient représenter. Et c'était bien pour cette raison que l'Allemand avait mis autant de temps et d'ingéniosité à construire cette image de lui. Une armure réfléchie, minutieusement préparée, soigneusement entretenue, qui le protégeait de tous les risques que la politique, celle qui dépassait même les instances gouvernementales, pouvait avoir.
Il avait grandi avec la politique. Elle était pour lui une sorte d'instinct, une seconde nature sans cesse à l'oeuvre. Elle était le moyen pour arriver à sa fin. L'instauration d'une Sorcellerie Pure, et sûre.

Lorsque vint le point de la protection rapprochée, l'ancien Auror sortit de ses gonds et montra magistralement bien à Wieder que la réputation qui le précédait était fondée.
Il y avait quelque chose qui gênait Wieder lorsqu'on dépassait ses propres mesures. Une sorte d'humiliation pour soi-même, comme si soudainement quelqu'un d'autre prenait possession de vous et qu'il vous faisait perdre votre honneur et votre identité. Une certaine pudeur, aussi, sûrement. Bien qu'excentrique, Ferdinand était sans-cesse dans le contrôle de lui-même. Ses manières, il les connaissait. Elles étaient calculées, préparées, travaillées.
Il sembla cependant sincèrement affecté, notamment par cette toux causée par le whisky qu'il lui avait servi. Il s'avança donc un peu, tout en regardant Wimson tel un parent inquiet de voir son enfant en mauvaise posture. Mais il ne quitta pas sa place, laissant le Directeur de la Justice Magique se débrouiller seul avec ses propres démons. L'instant de quelques secondes, Wieder l'observa comme un animal qui se prépare à sauter sur la bête qu'il a prise en chasse depuis peu. Il nota le moindre de ses mouvements, la moindre petite parcelle de visage réagissant à une situation qui lui échappait.
Et ce fut particulièrement intéressant. Wimson ne se rendit pas compte de l'attention que lui portait le Ministre Adjoint. Déjà parce que ce dernier s'assurait de ne rien laisser transparaître, mais surtout parce que l'ancien Auror se trouvait trop occupé par la sensation de douleur présente dans sa gorge pour se soucier de comment le regardait son supérieur.
Ferdinand analysait tout, de manière à mieux comprendre les personnes devant lesquelles il se trouvait. Voir quand elles lui mentaient, quand elles étaient honnêtes, quand la peur les prenait tellement qu'elles ne se rendaient pas compte du danger qu'elles pouvaient représenter. En scrutant ainsi Wimson, Ferdinand s'assurait d'avoir en tête les expressions de l'Auror lorsque celui-ci se trouvait devant une situation qu'il ne maîtrisait plus. Cela était toujours bon à prendre, notamment lorsque le vieil homme le mettrait devant ce genre de situation.

Puis Geser se resservit un autre verre.
Nouvelle réaction face à la perte de contrôle. Nouveau doucereux et mielleux sourire de Wieder.

« Eh bien, eh bien, mon cher ! Quelle aventure ! Ne vous emportez pas. Au diable ces Aurors ! »

Il était évident qu'aucune personne de ce type n'était un espion de Wieder. C'était bien trop dangereux, et souvent, bien inutile. De fait, d'autres personnes étaient déjà chargées de surveiller le Directeur de la Justice Magique. De manière secrète, et d'aucune façon liée au Ministère de la Magie.

Quant à la presse, Ferdinand n'aimait pas non plus lorsqu'elle traînait ses frusques trop près de lui. Contairement à Geser qui semblait s'en éloigner comme de la peste, Ferdinand s'était assuré de toujours avoir sous contrôle cette instance du pays. Il était en très bon terme avec les dirigeants de la Gazette, puisque tous étaient régulièrement invités au Manoir. De cette manière, il s'assurait qu'aucun article compromettant ou trop intrusif à son égard ne soit entrepris, voire même diffusé dans les papiers du journal.

« Il est bien heureux que ces derniers ne vous suivent pas d'aussi près. Il est certain qu'ils auraient bien du grain à moudre en vous entendant employer ce langage peu châtié ! Et le petit homme se mit à glousser, comme une coquette à qui on s'amuse à compter fleurette pour mieux l'attirer dans son lit. Une chose est sûre, vous êtes bien lucide avec vous-même ! »

Puis il écouta chaque élément de l'analyse de Wimson. C'était comme se retrouver dans le public de son propre spectacle. S'observer soi-même.
Il allait de soi que le Directeur de la Justice Magique ignorait qu'il se trouvait devant un membre de l'Aeternam Irae. Il ne pouvait donc simuler son discours. Bien que méfiant vis-à-vis des politiciens, il pensait qu'ils n'étaient capables du pire que pour atteindre les plus hautes fonctions. Aussi ne cacherait-il donc rien à ses supérieurs, eux-mêmes membres de la secte terroriste. Wieder s'exposait plus que Pearson. Ce dernier était Ministre, il avait un rôle plus sombre, plus officiel et plus dangereux à jouer. Son adjoint s'occupait de l'anti-chambre ; il débroussaillait le terrain afin de voir de qui il fallait véritablement de méfier.
L'analyse que lui livra Wimson lui fut bien utile, lui permettant alors de noter l'observation générale du Département de la Justice Magique, mais aussi celle d'un rompu de la traque.

« Il faut faudra transmettre cette analyse au Ministre de la Magie. Je ne peux vous donner l'autorisation de mettre en place ces lois, bien que je les approuve et que je serai consulté à ce sujet. La décision appartient au Ministre de la Magie. Quant à moi, je peux vous apporter mon aide en ce qui concerne le Magenmagot et ses membres. Convaincre cette instance législative et judiciaire relève parfois de la passe d'arme. L'actuel Président-Sorcier n'est rien d'autre que celui que j'ai nommé comme Adjoint lorsque j'ai occupé sa fonction. Il a ma confiance, et il saura m'écouter. »

Wieder se leva, laissant apparaître embonpoint discret, mais bien présent.
Le petit homme se retourna et observa l'Atrium, comme lorsque Wimson était entré. Le besoin sans-doute de se couper quelques instants, de prendre une distance nécessaire.

« Ils sont sûrement ici. A marcher parmi nous. Mais il ne faut jamais se trahir soi-même, Monsieur Wimson. Ferdinand parlait lentement, tout en bougeant discrètement sa bague d'agate bleue. Sa voix demeurait douce, comme s'il continuait à raconter une histoire. Quand je pense à cela, je me rappelle cette coutume romaine antique. Le memento mori. Savez-vous de quoi il s'agit ? Le Ministre Adjoint se retourna, et plongea son regard gris dans les yeux de son interlocuteur. L'histoire dit qu'un général romain revint un jour victorieux d'une bien périlleuse bataille. Trophées et esclaves encombraient son char et toute sa suite. Tandis qu'il bombait le torse, fier de son butin politique et matériel, un vieil homme, assis au bord de la route, lui jeta un os. Comme pour lui rappeler qu'aussi victorieux qu'il était, il n'y avait pas de plus grand péril que la mort, et que personne à ce jour n'avait réussi à le surmonter. Et depuis ce jour, chaque général revenant victorieux d'une guerre se voit affublé d'un esclave derrière lui, sur son char, qui pendant tout le défilé du triomphe lui chuchote à l'oreille : "Respice poste! Hominem te esse memento, memento mori. Regarde derrière toi ! Souviens-toi que tu n'es qu'un homme, et n'oublie jamais que tu vas mourir." Magnifique langue qu'est le latin, n'est-ce pas ? On croirait une petite friandise que l'on déroule délicatement. »

Puis le Ministre Adjoint sortit de son bureau une cigarette, qu'il planta vivement dans sa bouge. Il fit un petit claquement de doigts, et cette dernière s'alluma. Une délicate fumée s'y échappa, planant dans l'air comme les derniers mots que venaient de prononcer Wieder.

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« Wider, en ancien allemand Widar ou Widari, signifie "contre", "face à", parfois "envers". Et il lançait des exemples en l'air: Widerchrist, "antéchrist"; Widerhaken, "crochet, croc"; Widerraten, "dissuasion"; Widerklage, "contre-accusation", Widernatürlichkeit, "monstruosité" et "aberration". Tous ces mots lui paraissaient hautement révélateurs. » R. Bolaño, Etoile distante
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